Cailloux n'est pas né dans un bureau ni sur un tableau blanc. Il est né dans une poche de veste, entre deux ravitos.
Sur les grosses courses, il y a des puces, des relevés, des sites de suivi. Tout le monde sait où tu es, à la seconde près. C'est confortable.
Sur les petites courses — c'est-à-dire l'immense majorité — il n'y a rien. Pas de suivi, pas de position, pas de temps intermédiaires. Ton équipe attend au ravito avec pour seule information : « bah… il va bien finir par arriver. »
J'ai cherché un outil. J'en ai testé quelques-uns. Aucun ne faisait ce que je voulais : soit c'était fait pour les organisateurs et leurs 4 000 dossards, soit c'était une balise GPS qui vidait la batterie en trois heures.
Juillet 2026. Je devais courir le Trail de la Chouffe, avec une vraie équipe d'assistance qui allait m'attendre aux ravitos. Des gens qui prennent leur journée, qui font la route, qui installent une chaise et une soupe pour toi.
Et ces gens-là allaient passer la journée à faire une seule chose : se demander où j'étais.
Comme le Petit Poucet. Je sème un repère à chaque point de passage, ils suivent ma trace. Sauf qu'au lieu de cailloux dans la forêt, ce sont des pointages dans une appli. Et au lieu d'oiseaux qui mangent tout, il y a du 4G capricieux — mais on a prévu le coup.
Avant l'appli, il y avait le papier. Depuis des années, avant chaque course en solo, je me fabriquais deux petites fiches que je plastifiais et que je glissais dans ma veste.
La première : les points de passage, le kilométrage, mon heure d'arrivée prévue, mon heure de départ, et la barrière horaire. Un code couleur par ravito, pour retrouver la bonne ligne d'un coup d'œil quand on n'a plus vraiment d'œil.
La seconde : la nutrition, heure par heure. 0h45 barre. 1h30 demi-MulleBarre. 2h30 gel. Parce que la seule chose dont je suis absolument certain, c'est que je ne penserai jamais à manger tout seul.
Cailloux, ce n'est rien d'autre que ces deux fiches. Je les ai simplement reprises, ligne par ligne, et je me suis demandé à chaque fois : et si l'appli pouvait faire un peu plus que le papier ?
Puis j'ai ajouté ce que le papier ne saurait jamais faire, même plastifié : mon équipe voit la même chose que moi, en direct, sur son téléphone. Elle reçoit une notification à chaque pointage. Elle sait à quelle heure sortir les bidons du sac.
Et on peut s'écrire. Un vrai message, court, qui passe même quand un appel ne passerait pas. « Prépare le Coca. » Trois mots qui changent une fin de course.
L'appli existe, elle tourne, et elle est gratuite — la version 1.0 sort le 31 août 2026. Elle a été pensée par quelqu'un qui court, pour des gens qui courent — et surtout pour ceux qui attendent au bord de la route avec une chaise pliante et un thermos.
Elle n'est pas parfaite. Elle a encore des bugs. Mais elle fait déjà mieux que ma feuille plastifiée, et honnêtement, c'était mon seul objectif de départ.
Toutes distances, toutes courses, toutes équipes d'assistance qui s'ennuient au ravito.
🪨 Monter ma course