46 ans, coureur du Nord, gabarit poids lourd.
Je finis mes courses. Tard, mais je les finis.
Dans le trail, il y a les coureurs taillés comme des voitures de course : légers, nerveux, montés sur ressorts, capables de relancer dans une bosse à l'heure où les autres négocient avec eux-mêmes.
Et puis il y a moi. Je suis un camion. Le châssis est solide, la carrosserie a du volume, et il ne faut pas compter sur moi pour prendre un virage serré. En revanche, je roule. Longtemps. Toute la journée s'il le faut.
L'avantage du camion, c'est le réservoir. Je n'ai jamais eu de souci d'alimentation en course : pas de fringale, pas de nausée, pas de ce moment tragique où le gel de trop décide de faire demi-tour. Je mange, ça passe, je repars.
L'inconvénient du camion, c'est la vitesse de pointe. Disons que je ne fais pas peur au chronomètre. Ni au chronomètre, ni à personne, d'ailleurs.
J'ai un talent que personne ne m'envie : je passe toujours les barrières horaires. Juste avant. Vraiment juste avant.
Là où d'autres collectionnent les podiums, moi j'ai un abonnement au suspense. Les bénévoles qui commencent à replier les tables me connaissent bien. Il y a toujours ce moment où quelqu'un lève la tête et dit « ah tiens, il y en a encore un ». C'est moi. C'est toujours moi.
Entre 40 et 100 km. C'est là que je suis à ma place : assez long pour que la vitesse cesse d'être le sujet, assez raisonnable pour rentrer dormir dans mon lit.
Le 100, je ne l'ai pas encore fait. Ça devrait arriver. J'ai commencé à en parler autour de moi, ce qui est, comme chacun sait, la première étape irréversible.
Sur le plateau. Concrètement : je déplace dans le noir et en silence des décors qui pèsent le poids d'une petite voiture, pendant que quelqu'un chante à quelques mètres.
C'est un excellent entraînement croisé, et ça explique une partie du gabarit : on ne fait pas ce métier en étant monté sur ressorts.
Comment une feuille plastifiée dans une poche de veste est devenue une appli de suivi en direct.
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